Moi,  j’aurais bien aimé que quelqu’un me les transmette.

Il y a 15 ans, en 9 mois, je passais de mon canapé ( 0 km) au Marathon de New-York (42,195 km). Depuis j’ai enfilé pour le plaisir quelques marathons (le dernier : Copenhague en mai 2018).  

Récemment, un ami me disait : “Si tu écrivais un article sur le sujet ? Ton aventure marathon, comment tu y es arrivée ? Ton expérience, comme celles d’autres, pourrait aider des jeunes et des moins jeunes à franchir le pas.”

C’est vraiment pas mon truc, joué un peu au prof… Difficile de ne pas donner le sentiment d’être prétentieuse.  

Ce que vous savez pas, c’est qu’en gros, je cours depuis toujours  “à la fraîche”. Expression non homologuée, peut-être belge. En tous cas très perso.

Pour faire simple, “courir à la fraîche” c’est :

  • Sans montre

Le truc de la montre que tu connectes, qui sonne, qui te rappelle que tu vas trop vite, que tu as oublié de recharger, etc. Certains sont fan …  c’est vraiment pas moi.

  • Sans gel

Ces produits absolument infectes, ils te tombent comme un âne mort dans l’estomac et évidemment  ils restent coincés de heures durant au fond de la gorge,… Très peu pour moi. J’ai du mal à imaginer que cela peut-être meilleur que ce que ce que la nature propose : des dattes, des noix, …  

  • Avec les mêmes pompes depuis 15 ans

Oui, je change bien mes chaussures, grosso modo deux fois par an. Mais non, je suis pas tentée par tester un drop ceci, des amortis cela, 5 gr de plus, 100gr de moins, un profil plus fin, un aérodynamisme magique, une sensation de nuage, etc…  

Non, mon unique critère : le confort. Je suis bien dedans. Je me sens bien. Basta. Seule légère difficulté, la première année, trouver la bonne taille. Je prends 2 pointures de plus que ma taille de ville. Au début, tous les vendeurs voulaient me faire changer d’avis … Coco, je connais, je sais ce qui est bon pour moi. Aujourd’hui, soit je prends ma boite en vente libre et je file à la caisse, soit je commande sur internet.

J’ai changé une fois de modèle, récemment, pas longtemps … Je m’en suis mordu les 10 doigts. Mais ceci est une autre histoire.

  • En ne buvant que de l’eau … (en course)

C’est ça “courir à la fraîche”.

Tout cela me semble un peu banal. Trop banal.

Mais le problème, c’est que quand cet ami, qui me connaît bien et dont j’ai toujours apprécié les avis, me file ce genre d’idée … cela me travaille.

En tous cas, c’est l’effet que cela m’a fait.  J’y pensais, très souvent. Sous la douche, dans le bois.  Je me demandais, c’est quoi le coeur, l’essence de ces 15 ans de running.

Imaginonsje suis dans l’ascenseur avec Michèle Obama. Elle me fait part de son rêve : courir le marathon de New-York. Nous avons 5 étages. Je lui conseille quoi ? Le faire avant de se présenter à la Présidence … Mais encore ?

5 étages, 5 conseils, 1 par étage :

Définir le planning de préparation de course

Trouver un / une partenaire de course

Impliquer votre entourage

Visualisez

La clé du succès : prendre son pied !

1. Définir le planning de préparation de course

Première étape indispensable : construire un plan d’entraînement efficace. Celui qui va vous mener au 42 sans blessure, avec le sourire. Celui qui va vous donner confiance. 15 jours avant le jour J, vous le sentirez, vous aurez le marathon dans les jambes et la tête, vous saurez que vous allez droit au succès.

En pratique, comment fait-on ?

  • Il existe plein de bouquins, revues, sites internets sur le sujet. Si vous avez le temps, facile vous lisez et vous faites une bonne petite synthèse.
  • Autre solution, vous vous inscrivez dans un club de running qui vous proposera un plan très bien adapté, bien rôdé. Deux tops annuaires pour identifier un proche de chez vous. En Belgique : Runningeek et en France sur Jogging International
  • Autre solution encore, vous vous trouvez un coach. Il peut être un “pro”,  quelqu’un dont c’est le métier, mais un ami qui a l’expérience de quelques marathons fera très bien l’affaire aussi. Le plus important, je crois, c’est de trouver une personne avec qui le feeling passe bien, qui vous donne envie d’aller plus loin, que vous avez envie d’impressionner et qui est à votre écoute (elle doit avoir un minimum d’empathie pour entendre vos petits bobos aussi …).

Quelle que soit leur provenance, ces programmes, vous le découvrirez, sont tous très similaires : 3 à 4 sorties par semaine, des sorties diversifiées (pour ne pas se lasser), un mélange de fractionnés, footings, sorties longues, vetloops (sortie à jeun), on monte le volume en douceur pour arriver 15 jours avant à faire un 34 km. Et voilà …

Votre programme, vous le lâchez plus. il est dans votre agenda. cela devient votre ligne de conduite pour 4 mois. Votre atout c’est la régularité. Vous apprendrez votre corps à progresser sans vous blesser.

Soyez patient dans la progression.

Cela ne sert à rien de vouloir en faire trop : trop tôt, trop vite, trop long.

Prenez le temps de bien récupérer entre chaque séance.  Bref, soyez régulier !

2. Trouver un /une partenaire de course

Ce n’était pas une décision, cela s’est fait par hasard.

Courir à deux est probablement mon conseil majeur. Honnêtement, si j’ai pu boucler mon premier marathon sans souffrir, et toutes les autres fois aussi, c’est certainement grâce à ma partenaire.

Pendant toute la durée de la préparation, vous êtes deux à vous soutenir.

Vous verrez tout vous paraîtra facile.

Un petit bobo, hop, on en parle et, immédiatement, l’inquiétude se dissipe.

Temps merdique, flemme de sortir … elle pas et vous n’allez pas vous dégonfler, vous y serez aussi. Vous vous tapez des grêlons, c’est tellement plus drôle à deux…

Que ce soit à l’entraînement ou le jour de course, votre partenaire de course, sans le vouloir vraiment veille sur vous… Vous n’imaginez pas encore à quel point c’est précieux.

Vous avez en quelque sorte besoin l’une de l’autre.

Pendant la préparation, votre partenaire veillera à ce que vous n’en fassiez pas trop, elle sera aussi là pour vous rattrapper en cas de chute, …

Et puis, le jour de la course, cela change tout.

Le jour de la course, votre plus gros danger c’est vous.  Partir trop vite est une erreur classique. A deux vous calmez vos ardeurs respectives.

Et puis 42 km, c’est quand même une sacrée distance. Encore aujourd’hui, même si nous l’avons fait plusieurs fois, il y a sur le parcours toujours des baisses de régime, ou vous ne le sentez  plus,…

Quand le doute s’installe, votre partenaire de course fera toute la différence. C’est probablement grâce à lui que vous n’abandonnerez pas. Et c’est grâce à vous qu’il n’abandonnera pas. Vous terminerez tous les deux.

Je le vis depuis 15 ans. Pas de doute. C’est mon atout majeur.

Merci Sophie pour le premier, merci Ari pour tous les autres.

Je cite les organisateurs de la plateforme speerit.com “les études montrent que si vous avez un partenaire d’entraînement, vous êtes susceptible d’être plus motivé et d’être plus assidu pour vos  séances d’entraînement car quelqu’un peut compter sur vous”.

Comme trouver cette perle rare ?

C’est clair, elle doit courir à la même allure que vous, avoir l’envie de partager le même type de défi et avoir les mêmes disponibilités. Ca c’est la base. Pour la dénicher :

 Parlez-en autour de vous et utilisez vos réseaux sociaux. Vous risquez d’être étonné.

  • Une bonne piste reste, aussi, votre magasin de running préféré. Ils ont souvent des filons, ils connaissent bien leur clientèle.
  • Si non, googlez, il existe pas mal d’applications, conçues notamment pour vous aider à trouver des partenaires, en vrac :

3. Impliquer votre entourage

Vous avez décidé de vous lancer dans un marathon ? Génial, l’aventure est vraiment remarquable.  Vous allez sortir de là avec une pêche éblouissante. Vous allez acquérir une confiance en vous au delà de tout ce que vous pouviez imaginer.

Oui, mais cela ne s’improvise pas … et l’entraînement reste lourd. Vous allez devoir vous absentez régulièrement de la maison.

Avec un mari, des enfants et un boulot prenant, c’est pas toujours évident. Ils peuvent aussi ne pas apprécier les contraintes d’une aventure très personnelle, qu’ils peuvent considérer comme égoïste.  Votre défi sera de transformer ce marathon en une aventure familiale.

Parlez de ce projet à votre famille, vos amis proches, voire même à vos collègues.

Imaginez ce qu’ils pourraient faire avec vous. Par exemple : repérer des parcours de 10, 15 km,  faire un bout de chemin avec vous, organiser des ravitaillements pour les longues distances, préparer une playlist rien que pour vous,… C’est tellement bon, vous allez voir !

Et puis, on a très vite fait de culpabiliser. C’est vraiment pas le moment. Vous avez besoin de vous sentir soutenue. Leur implication vous permettra d’aborder votre préparation sereinement.

C’est certain n’en faites quand même pas trop, à force, vous risquez de les gonfler. Tout est toujours une question d’équilibre.

Le jour J, le top du top, ce sera d’emmener votre troupe de supporters avec vous.

Vivement conseillé.

Un petit conseil pratique. Définissez bien à l’avance les points de rencontre et conseillez leur de s’habiller de manière reconnaissable ou avec un signe distinctif majeur (Manu, le mari de Sophie portait toujours un immense drapeau portugais, on ne pouvait pas le louper).

Porté(e) par eux, vous repoussez vos limites.

4. Visualisez-vous

Ce conseil là, je l’ai piqué d’un cours en “prise de parole en public”. By the way, saviez-vous qu’il s’agit là de la peur la plus citée au monde devant celle de la mort ! Donc, faire un marathon à coté de s’exprimer publiquement c’est de la gnognotte. Je pouvais bien piquer un conseil …

Visualisez-vous !

  • Visualisez-vous, non pas sur scène mais franchissant la ligne d’arrivée. Ressentez déjà maintenant, en cours de préparation, le plaisir que vous allez ressentir. Imprégnez-vous de ce plaisir dès aujourd’hui.
  • Visualisez le parcours. Prenez connaissance du parcours avant la course. Juste pour avoir une idée de ce qui va se  passer. Après une “petite” montée de 2 km, vous n’aurez que du plat, etc … L’arrivée est à 1,2 km après la porte de Brandebourg, vous n’avez plus qu’à dérouler.

5. La clé du succès : prendre son pied

Courir doit avant tout rester un plaisir ! Ne l’oubliez jamais.

En préparation et sur le marathon.

Et pourtant je vais vous livrer une confidence, alors que la course à pied est vraiment mon équilibre de vie, alors que j’ai un plaisir fou à courir, les 15 premières minutes de toutes sorties restent encore souvent hyper pénibles… Comme quoi, faut pas se décourager.

Je parle surtout ici d’une autre dimension de plaisir.

Je n’oublierai jamais mon dernier marathon (Copenhague 2018) :

  • Km 9 : j’annonce à mon amoureux, qui était venu m’encourager avec ma fille.  “Ca va pas du tout, j’avance pas, je me sens pas bien.

Nous sommes au km 9, c’est un peu la catastrophe. Trop tôt pour ressentir ce genre de sentiment. Il y a encore …  33 km à avaler. Ma partenaire est en pleine forme, je la freine aussi.

Je le réalise. Je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche. Je comprends à ce moment-là que je ne courais pas pour le plaisir. Ce que je souhaitais était un chrono :  le faire en moins de 4 heures. Je n’avais que ce stress-là en tête.

  • Km 11 : je recroise ma fille, elle me dit “Mams, t’es la mieux placée pour savoir qu’un marathon, c’est pas dans les jambes mais dans la tête et le coeur”.

Et là je me suis dit, j’ai réellement interpellé mon cerveau,  “cocotte, change de dynamique, on s’en fout du chrono, prends ton pied”.

  • Km 12 : je retrouve le sourire, le plaisir.
  • Km 12 – km 42 : comme une fleur, plus une hésitation, le plaisir est là, le corps suit.

Et mon plaisir c’est de crier, d’encourager les gens à nous encourager, d’applaudir les gens qui nous encouragent (même les inconnus), de saluer les groupes de musiciens, …

Mon plaisir c’est aussi embrasser ceux que j’aime sur le bord du parcours. Prendre le temps même si on perd quelques secondes… Alors je ne me suis plus privée…

Faut bien  le reconnaître,  le marathon de Copenhague est, à ce titre, une perle. Les supporters danois sont hyper motivants et le parcours permet de croiser super souvent sa famille (surtout s’ils se déplacent à vélo). Nous nous sommes embrassés 16 fois sur 42 km.

Exceptionnel ! Ce sont eux les vrais champions. Un pur bonheur.

  • Km 32 : A mon tour d’être la locomotive de ma partenaire.
  • .Km 42 : résultat : 04h01 minute de pur plaisir !

 

Ce plaisir-là, cette autre dimension, elle est très personnelle.

A vous de trouver ce qui vous fait réellement kiffer.  Identifiez-le, il vous boostera sur les 42 km. Identifiez-le, il vous nourrira pendant des mois et des années.

Parlez-vous de votre kif à vous ou lachez-vous en conseils, c’est tellement précieux !