Le jour où un copain runner m’a dit : “Tu sais avec tes fringues de sport classiques tu es aussi responsable du plastique dans les océans”, j’ai eu envie de comprendre pourquoi. J’ai eu / nous avons eu envie de comprendre pourquoi le bilan écologique du secteur du textile est accablant

Au sommaire : 

  • L’industrie textile est une des industries les plus polluantes au monde.
  • Les matières synthétiques nocives sont généralement privilégiées
  • C’est quoi le polyester ?
  • Quels sont les forces et faiblesses du polyester?
  • Pétrole …  plastique …  Cela n’augure rien de bon, qu’en est-il réellement ?
  • Rikiki (inférieures à 1mm) mais des dégâts costauds !

L’industrie textile est une des industries les plus polluantes au monde.

Elle serait en deuxième place sur le podium, juste derrière l’industrie du pétrole. Je dis “serait” parce que tous les experts ne sont pas d’accord, certains la positionnent en 4ème place.  

Peu importe finalement. elle pollue beaucoup trop. Point. Et, là, les experts sont unanimes. Le bilan écologique de la mode est profondément inquiétant, à de nombreux niveaux :

  • Tout d’abord, l’industrie textile est responsable de l’émission annuelle de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre (2).   
  • Ensuite, les consommations en eau sont considérables.  Au total, il s’agit de 79 milliards de mètres cubes d’eau utilisés chaque année pour l’industrie textile, presque 1% de la consommation mondiale ! (3)
  • Enfin, l’utilisation dans le processus de production de produits chimiques, dont certains fortement nocifs, est massive, tant pour la culture que pour le traitement des fibres.

Alors même que l’on pourrait croire, sans doute à raison, ses utilisateurs plus responsables et bien loin des fashion victims, l’industrie du textile sportif est encore plus polluante.

Les matières synthétiques nocives sont généralement privilégiées

Depuis quelques décennies pour  répondre aux attentes du sportif, les géants du secteur ont développé des produits techniques et des textiles innovants (ajout de caractéristiques technologiques de pointe pour créer des textiles antimicrobiens, des textiles protecteurs, des textiles faciles d’entretien, des textiles intelligents, …).

Ces vêtements dits “intelligents” supposés de plus en plus performants, ne sont pas sans danger pour l’environnement ou pour notre santé. Les matières premières utilisées par ce secteur sont en effet à plus de 90 % des matières synthétiques et leurs nouvelles caractéristiques sont obtenues par une débauche de chimie.

Sur le sujet, regardez la video de franceinfo 

Ces vêtements pointus que nous utilisons pour le sport sont généralement en polyester ou en nylon .

J’ai fait un test dans mon ancienne garde-robe sportive : 95 % des mes vêtements sont étiquetés 100 % polyester ou un mélange de X % polyester et X % elasthane (ou de lycra ou de spandex). J’ai demandé à mes amies coureuses de faire le même test, même résultat.

C’est étonnant à quel point nous semblons (moi en premier) avoir oublié qu’il s’agit tout simplement de plastique

Du coup j’ai eu envie de faire un petit rappel sur ces matières premières.

C’est quoi le polyester ?

Le polyester (PET) est la fibre textile la plus utilisée dans le monde. Elle représente près de  60 % de la production de l’industrie textile.

Il s’agit d’une fibre synthétique issue de la pétrochimie. C’est le nom abrégé pour un polymère artificiel synthétique, plus communément appelé type polyéthylène téréphtalate (PET). Un nom extrêmement scientifique, mais, pour faire simple, le polyester est une sorte de plastique ou, plus simple encore, du pétrole.

Quels sont les forces et faiblesses du polyester?

Puisque le polyester est la fibre synthétique par excellence pour les articles de sport, il doit bien avoir des avantages … Lesquels ?

  • Il a un prix de fabrication faible, permettant des prix consommateurs abordables … ou des marges confortables pour les producteurs
  • Il est infroissable : adieu repassage !
  • Il  ne déteint pas au lavage
  • Il a un pouvoir absorbant très faible lui permettant d’évacuer rapidement la transpiration
  • Ses fibres souples et très élastiques permettent une belle liberté de mouvement
  • Il sèche rapidement, à l’air libre, sans se déformer.
  • Ses propriétés anti-uv sont reconnues et en font une matière idéale pour les maillots de bain
  • Il est très résistant.

Mais tout n’est pas si rose que cela, y compris pour l’utilisateur. Les inconvénients existent aussi :

  • Le polyester retient les odeurs, et dégage une mauvaise odeur au contact de la sueur, mauvaise odeur qui résistera à tous les lavages
  • Il a une mauvaise respirabilité
  • Il retient aussi la chaleur (est accélérateur de transpiration)
  • Il colle à la peau. Vous avez toutes vécu cela.

Pétrole …  plastique …  Cela n’augure rien de bon pour la nature, qu’en est-il réellement ?

  • D’entrée de jeu, le polyester est une fibre à base de pétrole,  énergie fossile non renouvelable.  La fabrication des fibres de polyester par l’industrie textile nécessite chaque année 70 millions de barils de pétrole.
  • D’autre part, le procédé de fabrication est très consommateur en eau et en énergie.
  • Ensuite la production du polyester génère un tas d’émission toxiques pour l’environnement, comme le bromide de sodium, le dioxyde de titane, le cobalt, les sels de manganèse,. Les produits chimiques utilisés lors de la fabrication sont en fin de cycle éliminés par des lavages et, fatalement, se retrouvent dans les eaux et l’air.

On peut aussi parler de l’impact sur la santé des ouvriers qui manipulent ces produits hautement toxiques).

Rares sont les industriels qui mettent en oeuvre de réels process de protection de l’environnement … et de leur personnel.

  • Si le textile est teinté, la situation est pire encore avec l’utilisation d’ “adjuvants” tel le biphénil, toxiques pour l’environnement, la peau et les voies respiratoires.

Ce bilan est déjà pas terrible du tout … En plus, il est aggravé par l’usage qu’on fait du polyester.

Qui dit sport, dit transpiration et donc nettoyages intensifs.

Généralement, après chaque usage, chaque bonne suée, nous mettons nos fringues de sport à la machine. Et c’est là que les choses se corsent. A chaque lavage, des milliers de micro-particules sont déversées dans les canalisations et finissent dans … l’océan.

Rikiki (inférieures à 1mm) mais des dégâts costauds !

Chaque cycle d’une machine à laver libère plus de 700 000 fibres microscopiques dans l’environnement selon une enquête menée par un professeur de biologie marine  de l’Université de Plymouth au Royaume-Uni.

Chaque lavage d’un vêtement en synthétique  libère environ 7000 micro particules de plastique, dans les eaux de lavages. Ces microfibres sont si fines que, parfois, les stations de récupération ne sont pas capables de les filtrer.

500.000 tonnes de plastiques sont ainsi déversées chaque année. 500.000 tonnes soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques.

Idéalement on devrait ne jamais laver les vêtements en fibres synthétiques

Certaines microfibres finissent donc leur chemin dans les rivières, les océans et polluent de manière durable la planète entière. Est-ce la fin de leur trajet?  Pas certain. La faune et la flore des nos mers pourraient les absorber bien malgré eux pour finir par se retrouver dans nos assiettes…

Et pas de chance, le processus se déclenche à chaque nouveau lavage, indéfiniment, même avec du polyester recyclé…

Bien malgré nous, nous sommes  aussi responsables, avec nos machines à laver de la présence dramatique de plastique dans nos océans.

Un des premiers conseils qu’on donne à un sportif qui veut démarrer une activité sportive c’est : “il faut bien s’équiper”. Ce qui est juste.

Mais avoir un bon équipement n’est ce pas aussi un équipement qui ne fait pas mal ? Un équipement qui est bon pour nos performances, notre santé, notre planète … et bon pour ceux qui le produisent ?

 

Pour aller plus loin :

Etude Fast Fashion is the second dirties industry in the world

Fiche sur le polyester réalisé par le blog d’Amandine